Rapports entre les deux faces d'une même médailleSection 14 COMMENT FAIRE ? page 3RAPPORTS ENTRE LES SCIENCES NATURELLES ET HUMAINES |
||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
Page provisoire, recherches en cours |
|
|||||
ACCUEIL1. INTRODUCTION
2.
LES BOUCLES
|
|
|||||
|
||||||
|
Science sans conscience et conscience sans scienceLes sciences naturelles qui ignorent les sciences humaines conduisent à une science sans conscience, qui, comme chacun le sait depuis Rabelais, « n'est que ruine de l'âme ». Comme les sciences humaines qui rejettent les sciences naturelles mènent à une conscience sans science, qui ne conduit pour sa part qu'à des opinions arbitraires.
Les sciences naturelles recherchent des moyens, tandis que les sciences humaines recherchent l'orientation de l'utilisation de ces moyens. Des connaissances, des technologies au service de quel type de société ? Comme l'écrivait à ce propos Herbert Marcuse, cité par Jürgen Habermas in La technique et la science comme « idéologie », Gallimard, 1973 pour la réédition française, « La puissance libératrice de la technologie - l'instrumentalisation des choses - se convertit en obstacle à la libération, elle tourne à l'instrumentalisation de l'homme. » Pourtant une guéguerre sévit parfois entre les sciences naturelles et humaines. L'enjeu est principalement budgétaire : il s'agit de gagner en influence, en pouvoir, pour récupérer une partie des crédits que la collectivité publique, l'entreprise privée, allouent au « camp adverse ». L'idéologie dominante du moment prône en effet la concurrence, pas la solidarité.
C'est
plus la rationalité des objectifs et des résultats, qui fait la scientificité, que la méthodologie.
Où est la frontière entre les sciences naturelles et humaines ?Une généralité n'est pas une loi : elle admet des exceptions. Elle peut pourtant être rationnelle, si elle se fonde sur des statistiques fiables, ou si elle s'inscrit dans une causalité qui correspond à des phénomènes réels. Se reconnaît là le pain quotidien des sciences humaines. Par exemple, dire qu'il fait jour à midi n'est pas une loi, parce qu'il est des contrées où le jour, comme la nuit, durent six mois. Alors peut-on dire que les sciences humaines relèvent de généralités, tandis que les sciences naturelles relèveraient de lois expérimentalement validées ? Las ! L'histoire des sciences naturelles montre que même les lois a priori les plus solides peuvent se révéler n'être que des généralités. Même les droites parallèles peuvent se croiser. Même la lumière peut traverser les murs. Même le plomb peut se transmuter en or. Alors la science d'hier est-elle la métaphysique d'aujourd'hui, et celle d'aujourd'hui la métaphysique de demain ? Finalement, un statut de « science naturelle en retard » affuble-t-il la philosophie ? Non, les lois scientifiques d'hier restent aujourd'hui des lois scientifiques, dans leurs domaines respectifs de validité. Mais alors ?? Les généralités philosophiques ne seraient-elles pas elles aussi des lois scientifiques, dans leurs domaines respectifs de validité ? Il y a un hic. Il y a en effet autant de philosophies différentes que de philosophes, ce qui n'est pas le cas de la physique. Quoique... Ce ne sont pas les hypothèses et les théories qui manquent en physique, chaque chercheur élabore les siennes. D'une certaine façon, il y a là aussi autant de physiques que de physiciens. Il y a pourtant en physique quelque chose dont l'équivalent reste introuvable en philosophie : un modèle standard. C'est l'expérience qui tranche, elle filtre hypothèses et théories et il en découle un consensus dans la communauté des physiciens. Ce modèle progresse au fil d'hypothèses, de théories nouvelles, que l'expérience, l'observation, valident ou ne valident pas. En définitive, le critère qui distingue les vérités scientifiques et philosophiques est-il un consensus fondé sur l'expérience ? Mais si je dis que le communisme, dans toutes ses versions antidémocratiques, est toujours une catastrophe sociale, je recueillerais un large consensus dans la communauté des philosophes, accord lui aussi fondé sur l'expérience, l'observation. Ma loi philosophique présenterait alors les principales caractéristiques d'une loi scientifique. Bref, il est impossible de départager strictement les sciences naturelles et humaines : une continuité les unit.
Où se situe la métaphysique, dans le champ de la connaissance ?
La métaphysique est une spécialité des sciences humaines, qui paradoxalement s'intéresse plutôt à la nature. Elle constitue ainsi une interface entre les sciences naturelles et humaines, d'autant plus efficace qu'elle est rationnelle. Les sciences naturelles en effet sont faites par des êtres humains, leurs fondements sont métaphysiques. Les idées nouvelles en sciences naturelles commencent par être humaines, métaphysiques donc, avant de devenir physiques, si l'expérience ou l'observation les valident.
Depuis des rationalités fragmentaires jusqu'à la raisonIl n'y a pas de dichotomie absolue entre quelque « science illuminée » et quelque « science éclairée ». Il y a plutôt une variation progressive de raison entre ces deux extrêmes. La distinction entre les domaines scientifiques et non scientifiques est relative : une assertion est plus ou moins scientifique qu'une autre. Par exemple dire que la Terre est ronde est plus scientifique que prétendre qu'elle est plate. Mais en même temps, cette affirmation est moins scientifique que proclamer que la Terre est un peu aplatie aux pôles, du fait de sa rotation. C'est cette absence de « pureté » des sciences « pures » qui explique que même en physique, la métaphysique soit de fait un outil comme un autre. Pourquoi les physiciens cherchent-ils à unifier les interactions fondamentales, ou les familles de particules, si ce n'est pour des raisons métaphysiques ? Une unité fondamentale de la nature n'est en effet pas physiquement démontrée. L'enseignement des sciences serait bien avisé d'inclure l'étude des métaphysiques rationnelles dans ses programmes. De façon à familiariser les jeunes avec la recherche d'idées nouvelles, au lieu de les cantonner à l'application de recettes scientifiques qui marchent toujours.
La métaphysique est superflue pour effectuer des calculs scientifiques
routiniers. Mais elle est indispensable pour chercher à voir les choses sous
un autre angle, pour chercher des hypothèses, des observations nouvelles. En
définitive, plus les sciences naturelles et les sciences humaines s'élèvent dans la
raison, plus elles se rencontrent.
Les raisonnements rigoureux ne sont pas l'apanage des seules sciences naturelles. Il n'est pas exclu que certaines démarches scientifiques et philosophiques se complètent. Certaines considérations métaphysiques peuvent donner des idées d'hypothèses scientifiques nouvelles, qui déboucheront peut-être sur de nouvelles expériences, de nouvelles observations, qui modifieront peut-être en retour les métaphysiques et les hypothèses de départ : de l'œuf et de la poule...
Bien malin celui qui explique le réel avec sa seule scienceLe réel est étrange et difficile à appréhender. Il nous incite à solidariser nos forces, qu'elles soient « naturelles » ou « humaines ». Ce n'est pas parce que les résultats de bien des recherches sont modestes, qu'il faut nous cantonner aux domaines où nous sommes les plus savants. Les miettes de vérité que nous pouvons grappiller dans des complexités souvent trop grandes pour nos modestes esprits, c'est toujours ça de gagné, c'est mieux que rien. La principale difficulté pour chacun étant alors de trouver un langage commun avec d'autres, dont la spécialité est différente de la sienne. Une connaissance par chacun des idées de base des spécialités des autres peut permettre de jeter des ponts entre les disciplines. Des scientifiques amateurs de philosophie et des philosophes amateurs de sciences : voilà en perspective un monde créatif en quête d'idées, de pistes nouvelles, loin de la routine.
Quelles indications la science nous donne-t-elle sur ce qu'est le réel en
soi, sur ce qu'il est au delà de nos représentations mentales fondées sur nos cinq
sens ?
La science sert à faire des téléphones, des traitements contre le cancer ou des reconstitutions de dinosaures. Pourquoi ne servirait-elle pas aussi à faire de la métaphysique ? La science sert y compris à faire de la philosophie, comme la philosophie sert y compris à faire de la science. Toutes les considérations philosophiques sur l'espace, le temps, la nature, l'univers, doivent s'efforcer de respecter ce que la science dit à propos de ces sujets - avec du recul cependant. Les connaissances scientifiques évoluent et les analyses philosophiques directement liées à la science doivent nourrir assez de doutes pour se réserver la liberté d'évoluer elles aussi.
Toute science est-elle nécessairement expérimentale ?« La mathématique à notre point de vue n'est pas une science, en ce sens que
ce n'est pas une science naturelle. La vérification de sa validité ne se
fait pas par l'expérience. » La même critique peut être opposée à la métaphysique, qui elle non plus, en général, ne valide pas ses assertions par l'expérience. Mais ces exclusions de la science sont trop restrictives. Les mathématiques, comme les métaphysiques rationnelles, peuvent en effet se vérifier indirectement par l'expérience. Si un calcul de la vitesse de la chute d'un corps est juste, c'est aussi que les mathématiques sont dans ce cas valides. De la même façon, si une spéculation sur la nature rend correctement compte de phénomènes observables, c'est que la métaphysique est dans ce cas valide.
L'imaginationLe jeune Einstein s'imaginait chevauchant un photon. Quel est le « point de vue » depuis un objet qui se déplace à la vitesse de la lumière, qui reste constante quelles que soient les vitesses relatives ? Pour maintenir cette constance, des variations compensatoires de l'espace et / ou du temps sont nécessaires. Pourquoi ne pas ressortir le photon d'Einstein de son garage ? Pourquoi l'imagination ne déboucherait sur des résultats fructueux seulement lorsqu'il s'agit des travaux de personnalités reconnues du passé ? Sans travail rationnel de l'imagination, sans conceptualisation, il n'y a pas d'idées nouvelles en sciences naturelles, comme en sciences humaines. Avec la seule raison il est possible de développer des paradigmes existants, mais il est impossible d'en inventer de nouveaux. Pourquoi les élèves, les étudiants, ne ressentent-ils pas la nécessité de se munir d'une panoplie d'outils, de méthodologies efficaces, pour accoucher de leurs intuitions ? Peut-être parce que leurs propres idées sont considérées comme quantité négligeable. Ils découvriraient pourtant que l'apprentissage de matières diverses n'est pas tant une contrainte qu'une progression dans une recherche personnelle. Pour inventer, imaginer, créer, il faut être original, mais il faut aussi être capable de se conformer à bien des disciplines. Et moins on maîtrise une science, plus il est indispensable de s'y conformer, sous peine de dire ou de faire n'importe quoi. Une école qui oppose la raison en général à l'imagination particulière des individus se vit comme une contrainte, devant laquelle il faut étouffer sa créativité pour adopter certaines structures de personnalité, qui permettent de réussir sa scolarité. Pourtant l'idéal serait de pouvoir tester à l'école un grand nombre de matières différentes, jusqu'à en trouver au moins une passionnante, à laquelle l'élève sent intuitivement qu'il peut apporter quelque chose de neuf. Mais pour se lancer dans cette matière, il faut savoir lire, écrire, compter, dialoguer, étudier longuement... Autant de « contraintes » qui n'en sont pas, dans la mesure où elles permettent de progresser dans un domaine que l'on aime.
Une grande question métaphysique : qu'est-ce que le possible ?Une infinité de mondes possibles existe-t-elle objectivement, ou bien existe-t-elle seulement dans un espace logique ? Ou bien les deux à la fois ? Par exemple un monde dans lequel la tour Eiffel aurait cinq pieds au lieu de quatre respecterait les lois de la physique : il pourrait exister objectivement. Alors existe-t-il objectivement comme monde parallèle ? Une possibilité qui ne s'actualise jamais est-elle réellement possible ? Il est permis d'en douter. Si une infinité de mondes qui respectent les lois de la physique ne s'actualisent jamais, c'est qu'ils ne sont pas possibles. Alors que penser de la validité des lois de la physique, qui sont essentiellement des lois de l'impossible ? Se poser de telles questions peut sembler oiseux. Pourtant nous nous les posons tous, tous les jours, de façon très concrète. Le moindre de nos projets recouvre en effet notre conception du possible. Si nous en savions plus sur ce qui est ou n'est pas possible, nous serions aidés dans tous nos choix. Une connaissance d'abord métaphysique, puis aussi scientifique que possible... du possible, nous ouvrirait de nouveaux horizons. Une telle recherche exige le concours des sciences naturelles, humaines... Et de beaucoup d'imagination, parce qu'en ce qui concerne le possible, la nature est particulièrement imaginative. Archétype de l'expérience de chimie :-)
|
Science sans conscience et conscience sans scienceOù est la frontière entre les sciences naturelles et humaines ?Depuis des rationalités fragmentaires jusqu'à la raisonBien malin celui qui explique le réel avec sa seule scienceToute science est-elle nécessairement expérimentale ?L'imaginationUne grande question métaphysique : qu'est-ce que le possible ? |
|||||
|
||||||
|
|
|
||||
|
|
||||||