LES EXPÉRIENCES DE MORT IMMINENTE

Les expériences de mort imminente collent avec la physique lorsqu'elles s'inscrivent dans une perspective géométrique.

 

Accroissement de complexité

La création d'un point de plus à chaque instant de plus transforme à chaque instant la division en segments de la suite de points et d'instants. Les limites de ces divisions évoluent en permanence et les segments glissent, se croisent, interfèrent. Or il s'agit d'espace et les segments se « voient » les uns les autres par leur profondeur : ils se prolongent mutuellement. Des myriades de liens spatiaux plus ou moins synchrones créent ainsi des espaces fluctuants de particules relatives. De multiples systèmes s'imbriquent les uns dans les autres, se structurent, se font et se défont en permanence. La complexité de l'univers s'accroît à chaque instant. La complexité de la vie tend elle aussi à s'accroître... Comme la complexité de la mort.

 

Une petite question

Une petite question, que l'on ne poserait pas à un physicien (encore que...), mais que l'on est en droit de poser à un métaphysicien :

Un univers intrinsèquement cohérent n'admet pas de « petite exception à la règle », de « petite incohérence », même au moment de la mort de l'individu. L'histoire de l'être ne se crée donc pas gratuitement, « par dessus le marché », pour se terminer de façon parfaitement absurde dans une néantisation absolue : elle aussi est intrinsèquement cohérente. Une absurdité existentielle absolue, telle que la décrit l'existentialisme athée, ne peut donc pas exister. La première réponse qui vient à l'esprit est celle de l'existence d'un au-delà. Que pouvons-nous dire à ce sujet ?

  • D'une part, d'après la cohérence universelle, trois univers parallèles hyperdimensionnels s'imbriquent dans le nôtre. Imaginons que l'au-delà s'y situe.

Ces univers hyperdimensionnels se traduisent pour nous par les trois interactions électromagnétique, forte et faible. Donc si je me transforme en « être électromagnétique », j'ai accès à l'au-delà.

Or, une symétrie au moins mathématique existe entre la gravitation et l'électromagnétisme. Si je deviens « lumineux », peut-être que le « monde électromagnétique » devient pour moi matériel, tandis que le monde qui, jusqu'alors était « matériel », devient pour moi aussi insaisissable que la lumière. Si je deviens « lumineux » dans notre monde terrestre, je deviens du même coup « matériel » dans au moins un espace hyperdimensionnel.

  • D'autre part ce passage de Super-symétrie, par Gordon Kane, Le Pommier, 2003, me laisse songeur :

« Tous nos sens sont liés à des effets mécaniques et chimiques, fondés sur l'interaction électromagnétique. La vue n'est rien d'autre qu'une interaction entre des photons et les électrons de nos yeux, associée à des signaux électriques qui cheminent ensuite jusqu'à notre cerveau. Le toucher commence par une pression au niveau des cellules de notre épiderme qui engendre d'autres signaux électriques, lesquels se propagent jusqu'à notre cerveau. L'ouïe, c'est simplement le choc des molécules d'air et les molécules de nos tympans, qui interagissent par l'intermédiaire de la force électromagnétique. »

Du fait de sa chaleur, de l'activité électromagnétique du système nerveux, le corps émet en permanence de faibles ondes, que l'histoire de l'individu module plus ou moins en amplitude et en fréquence. Par exemple si j'écoute de la musique, mes nerfs auditifs émettent des ondes électromagnétiques porteuses de cette musique. Une bulle électromagnétique s'étend ainsi autour de chaque individu. Son rayon possède une dimension dont le nombre d'années-lumière est égal à l'âge de l'individu. Lorsque le corps meurt, l'histoire de l'individu subsiste ainsi intégralement. De la même façon, les ondes émises à un moment donné par un émetteur radio « survivent » intégralement à l'arrêt de leur générateur.

Cependant les « ondes corporelles » possèdent une caractéristique particulière : elles sont le « je », la mémoire intégrale de l'individu. Peut-être la mort constitue-t-elle une seconde naissance, une métamorphose : le corps accoucherait de son propre « je », qui deviendrait autonome. Au moment de la mort, le corps disparaîtrait de sa « bulle électromagnétique » et l'individu ne deviendrait plus que l'enregistrement de tout ce qu'il a vécu. Voilà pourquoi chacun « verrait » (deviendrait) l'ensemble du « film de sa vie » lorsqu'il trépasse.

Les ondes du « je » constituent ainsi une « bulle de lumière » très particulière, puisqu'il s'agit de l'histoire d'une personne humaine, qui après la mort deviennent cette personne. Avant la mort, elles se diluent passivement dans le cosmos, puis au moment du trépas, il y a décohérence de la bulle, qui passe donc d'informe à formée. Peut-être cette bulle adopte-t-elle alors la forme humaine du corps qui l'a générée.

Dans cette opération, l'individu meurt dans l'espace dimensionnel, qui devient pour lui lumineux. Mais dans le même temps, il émerge dans un espace hyperdimensionnel, qui devient pour lui matériel. Cette transition se vit peut-être comme le franchissement d'un tunnel, tel que ceux qui ont connu une expérience proche de la mort la décrivent.

Si l'individu devient tout ce qu'il a vécu, alors il ne peut rien cacher aux autres défunts de ses actes de générosité, comme de ses turpitudes. D'où un mélange de sensations paradisiaques et infernales, selon ce qu'il ressent, confronté au regard des autres.

 

Deadline

Deadline, un ouvrage écrit par le Docteur Jean-Pierre Jourdan, paru en 2007 aux éditions Les 3 Orangers, constitue une référence solide sur les expériences de mort imminentes, par la rigueur de son approche. Une foule « d'illuminés » qui ne se connaissent pas rapportent, après avoir frôlé la mort, des « délires » dont les éléments convergent vers un même scénario. S'agit-il donc de canaux creusés dans les profondeurs du psychisme humain au fil des millions d'années ? De réflexes archaïques, qui agencent les ruines de la conscience selon une trame mythologique ? Au fond, est-ce que le Docteur Raymond Moody, et tous ceux qui le suivent, ne réinventent pas les archétypes de Carl Gustav Jung ?

Eh bien non. À l'approche de la mort, le psychisme ne se réfugie pas dans le mythe pour fuir le réel. Il fait au contraire preuve d'une extraordinaire lucidité concernant son environnement ou sa propre histoire.

 

Pas une lumière divine, mais celle d'un concert :)

 

Les expériences de mort imminente dans l'espace

Des invariants géométriques apportent une cohérence générale aux « divagations » de millions de personnes en vadrouille aux abords de la mort. Tout se passe comme si les perspectives vues lors des expériences proches de la mort se situaient dans un espace au moins en partie extérieur à notre géométrie habituelle. Jean-Pierre Jourdan, l'auteur de Deadline, considère que les témoins évoluent alors dans un espace 4D, qui intègre notre espace 3D. Pour ma part, je pense plutôt qu'ils se situent dans un espace 3D, avec une transformation de la profondeur en hyperdimension.

Sur la Terre 3D en effet, notre horizon habituel nous fait vivre au centre d'une sorte de disque approximatif. Tandis que sur une « hyper Terre » 4D notre horizon habituel nous ferait vivre au centre d'une sorte de sphère approximative. Nos paisibles horizons se transformeraient ainsi en sphères plus ou moins mouvantes, plus ou moins interpénétrées, chacune au centre d'un paysage local que les sphères voisines étendent. Paradoxalement la gravitation nous ferait flotter au centre d'une sphère qui changerait d'aspect au gré de nos déplacements - comme elle nous maintient sur Terre au centre de notre horizon « plat ». En 4D la survie serait extrêmement tarabiscotée, très kaléidoscopique, pour nos esprits habitués à la 3D. Or ce n'est pas ce qu'observent les témoins, qui se retrouvent plongés dans une géométrie, certes particulière, mais dont la complexité générale ne semble pas dépasser celle de la 3D.

Cette géométrie 3D hyperdimensionnelle, dépourvue de profondeur, implique nécessairement que les témoins ne perçoivent plus notre univers habituel en 3D, mais en 2D. Ce qui paradoxalement ne transforme guère l'apparence de notre monde, puisqu'il semble vu avec un seul œil, expérience on ne peut plus banale. Il est en effet possible de s'immerger dans la 2D, qui environne alors le témoin de toutes parts et lui donne ainsi l'illusion de la 3D. Cette 2D ainsi dépourvue de profondeur est en effet particulière, puisque la profondeur continue d'exister dans l'absolu : ses effets se projettent en 2D, elle contribue à structurer la 2D de façon familière. Sauf que pour les témoins qui en sont exclus, la matière 3D en apparence devient inconsistante, insaisissable. Ils ne peuvent plus saisir d'objets, qui de leur point de vue, ne possèdent plus de profondeur, et sont ainsi devenus « immatériels ». Et inversement, les témoins deviennent eux-mêmes « immatériels » pour la 3D dimensionnelle. Ils peuvent par exemple « traverser » les murs, c'est-à-dire passer par dessus dans l'espace hyperdimensionnel. Ils passent en fait au dessus de murs 2D dans une 3D hyperdimensionnelle. La profondeur exerce ainsi des effets indirects sur les espaces d'où elle est exclue. Comme l'hyperdimension a elle aussi des effets indirects sur les espaces d'où elle est exclue : elle crée notamment les quatre interactions fondamentales de la matière dans notre géométrie habituelle.

 

Le mort se sent ainsi bien vivant dans son environnement (presque) habituel et il ne prend pas forcément conscience immédiatement de son changement de géométrie. Il peut même avoir l'impression que sa condition s'est améliorée. La perte de la profondeur implique en effet une absence totale de distance entre le témoin et le reste de notre monde habituel, un contact immédiat, intime. Il s'ensuit que « percevoir » un objet, c'est non seulement « être » cet objet, mais aussi « tout savoir » de lui ; de la vraie intuition, en quelque sorte. Mieux : il devient possible « d'être » la pensée de telle ou telle personne, et là encore de tout en savoir, pourvu que l'attention du témoin s'y focalise. De la même façon, pour se déplacer quelque part, il suffit d'y porter son attention, et on s'y retrouve comme par un effet de zoom, sans avoir franchi la moindre profondeur. Tout est « à portée de la main », ou plutôt de l'attention, puisqu'il n'y a pas de profondeur.

Il peut aussi s'élever au dessus d'une scène, dans une pièce, bien plus haut qu'il y a de hauteur de plafond, puisqu'il s'élève non pas dans la profondeur, mais dans l'hyperdimension. En outre, si le témoin porte son attention dans la bonne direction, il prend conscience d'une « nouvelle profondeur » hyperdimensionnelle : l'entrée du classique « tunnel » lui apparaît sans doute du même coup.

 

Les expériences de mort imminentes dans le temps

Le « tunnel » au bout duquel palpite une sorte de « lumière » transcendante ressemble à une montée en énergie du témoin, qui commence par percevoir les premières lueurs d'une matière à très haute énergie, avec laquelle ses ondes constitutives s'accordent progressivement, et dans laquelle il se fond.

Or tout le monde sait bien que E = mc2. Énergie et matière ne constituent pas de façon binaire deux entités distinctes. Il y a au contraire égalité, identité, entre l'énergie et la matière. Alors peut-être que la montée en énergie du témoin indique que la matière de l'au-delà se trouve dans un état plus proche de l'énergie qu'ici-bas. Peut-être que cette matière « vibre » à des fréquences proches de celle de la lumière. Il en résulte un temps local proche de celui des photons, qui eux, pour des raisons relativistes, ne connaissent que le présent. Se retrouve ici un « présent long », qui plonge de façon visible dans le passé et dans l'avenir. Les témoins rapportent ainsi que pendant leur expérience, le temps semblait s'écouler bizarrement, il n'y avait plus vraiment d'instant présent ponctuel, mais un passé et un avenir beaucoup plus « présents » qu'en temps ordinaire.

Depuis les profondeurs hyperdimensionnelles de l'au-delà, le présent apparaît comme une sorte de paysage événementiel où sinuent et s'enchevêtrent les destins des individus. Assez bizarrement, se retrouve là une notion qui évoque l'antique karma hindouiste. Plus le regard porte loin dans l'avenir, et plus l'éventail des évolutions possibles s'élargit : plus les informités possibles deviennent indécidables. Alors que les informités qui résultent de la dissolution du passé dans le présent n'existent qu'en exemplaires uniques, elles n'ont pas le caractère probabiliste des informités à venir. Le futur se distingue ainsi du passé.

 

Conclusion

Les témoins d'expériences de mort imminente ne racontent pas n'importe quoi. Au contraire, ils ouvrent la voie à un bond de la civilisation humaine. Dans un monde où la vie et la mort sont unis, où tout est fondamentalement cohérent, notre bonheur personnel dépend aussi de celui des autres. Qu'on le veuille ou non, une unicité naturelle, objective, existe entre les intérêts individuels et l'intérêt général.