L'ÉTAT INFORME
ET LES VAGUES DE PARTICULES RELATIVES

Après les ondes et les interférences de la page précédente, voici des vagues. Une vague, c'est ici une onde, avec la notion « d'informité » en plus.

Chaque particule relative se relie spatialement à chacune des 2# - 1 autres particules relatives, ce qui contraint fortement son champ d'action. Pourtant la liberté de mouvement dans l'univers apparaît comme quasi illimitée. Les vagues de particules relatives expliquent ce paradoxe.

 

« L'essentiel de ce nouveau modèle est que, ici, l'électron est compris à travers un ensemble total d'ensembles impliés généralement non localisés dans l'espace. À n'importe quel moment donné, un de ceux-ci peut-être développé et donc localisé, mais au moment suivant celui-ci s'inveloppe pour être remplacé par celui qui suit. La notion de continuité d'existence est approchée par celle d'une récurrence très rapide de forme similaire se changeant d'une façon simple et régulière (plutôt comme une roue de bicyclette tournant rapidement donne l'impression d'un disque solide plutôt que celle d'une séquence de rayons en rotation). Naturellement, la particule n'est dans son fondement qu'une abstraction qui est manifeste à nos sens. »
(David Bohm, La plénitude de l'Univers, Le Rocher, 1987)

 

Esprit d'équipe

L'eau du large constitue-t-elle les vagues qui arrivent sur la plage ? Eh bien non. Le mouvement est différent de la matière qui le porte.

  • Lorsqu'un mouvement de vague se transmet à des molécules d'eau, ces dernières décrivent des ellipses verticales qui forment la vague. C'est-à-dire que les molécules d'eau restent plus ou moins au même endroit. La vague passe, puis les molécules errent plus ou moins localement. Jusqu'à ce que des molécules voisines leur transmettent le mouvement de la vague suivante.
  • Les électrons, qui portent un signal dans un conducteur se comportent de façon similaire. Le signal se propage à la vitesse de la lumière, mais les électrons eux-mêmes cheminent très lentement.
  • Un autre exemple : les bras des galaxies spirales, qui sont des ondes de densité. Les étoiles ne font que passer par les bras, où leurs trajectoires les concentrent plus qu'à l'extérieur. Le mouvement des bras est ainsi beaucoup plus lent que celui des étoiles qui les constituent.

Les molécules d'eau, comme les électrons ou les étoiles, font ainsi preuve d'un fantastique « esprit d'équipe ». Un grand nombre d'unités parviennent ensemble à propager des variations d'une taille considérable par rapport à leur échelle individuelle. Le mouvement transmis change constamment d'éléments porteurs.

De la même façon, le déplacement d'un corps s'opère par une succession d'assemblages de ses particules relatives constitutives, immédiatement suivies de séparations et de reconstitutions avec d'autres particules relatives. Les particules relatives font elles aussi preuve d'un fantastique « esprit d'équipe ». Voyons ça de plus près.

 

L'état informe

Pour qu'un objet quelconque existe à l'état « informe », il faut et il suffit qu'existent ses éléments constitutifs. Ces derniers peuvent être assemblés ou désassemblés, en totalité ou en partie.

Les particules relatives sont elles aussi des éléments constitutifs.

L'état « formé » n'est ainsi qu'une particularité de l'état informe.

Par exemple tel réveille-matin existe formé. Démonté, il continue d'exister à l'état informe. Même réduit en poussière dispersée au vent au dessus de l'océan, il continuera indéfiniment d'exister à l'état informe.

Par contre le texte d'un roman n'existe pas à l'état informe dans un dictionnaire. Ou alors il s'agit d'une œuvre très particulière qui n'utilise pas deux fois le même mot.

Nous avons déjà abordé sans la nommer cette notion d'informité, lorsqu'il a été question des univers parallèles, dans l'introduction. Chaque univers était formé par rapport à lui-même et informe par rapport aux autres univers. Chaque univers, en tant qu'univers relativement formé, contenait tous les autres, mais à l'état informe.

 

Tout objet se dédouble 2# - 1 fois : il possède donc 2# - 1 informités

Ce petit monde se dédouble 2# -1 fois partout dans l'univers :)

Chaque boucle spatiale est une sorte d'environnement local à elle seule. Sa longueur varie le plus souvent différemment de celle des autres boucles et elle « voit » la dimension absolue selon un point de vue unique. Or les # boucles spatiales se prolongent mutuellement, elles se combinent entre elles de multiples façons différentes. Ce qui au final donne des myriades et des myriades d'environnements locaux différents, à toutes les échelles.

Tout se dédouble partout, mais s'assemble partout différemment. Et les mêmes ingrédients mêlés différemment peuvent donner localement des choses très différentes. Par exemple le passage d'une petite quantité d'eau de l'état formé à l'état informe par électrolyse provoque un changement important de ses caractéristiques locales.

Une forte probabilité existe pour qu'un objet formé dans un environnement quelconque se dédouble 2# - 2 fois en 2# - 2 informités partout ailleurs dans l'univers. Par exemple ce n'est pas parce qu'il y a quelque part une locomotive à vapeur qu'il y a 2# - 2 locomotives à vapeur disséminées partout ailleurs dans l'univers. Les 2# - 2 dédoublements de la locomotive sont informes, plus ou moins finement mêlés aux autres particules relatives de l'ensemble de l'univers.

Plus un objet compte de particules relatives constitutives, plus il compte d'informités possibles. Le nombre de permutations possibles d'un nombre n d'éléments est en effet égal à la factorielle n ! de n, soit 1 × 2 × 3 × ... × n : il augmente de façon exponentielle avec l'augmentation du nombre n d'éléments. Par contre des structures comptant un nombre de particules relatives constitutives assez petit peuvent exister plus ou moins formées dans au moins deux endroits à la fois.

Imaginons par exemple que l'un des 2# - 1 dédoublements informes d'un ballon de football soit disséminé dans le sol lunaire. En tombant sur la Lune une météorite n'écrase que quelques unes des particules relatives dédoublées du ballon, dont la version terrestre ne bronche pas. Par contre il est possible que l'un des électrons du ballon terrestre s'agite subitement quand tombe la météorite sur la Lune. Cet électron possède en effet une structure relativement simple, il est possible qu'il existe à l'état plus ou moins formé à la fois sur la Lune et sur la Terre. (Un lien spatial dont la longueur varie sur la Lune, c'est aussi 2# - 2 autres liens dont la longueur varie de façon identique partout ailleurs dans l'univers, puisque les 2# - 1 liens dédoublent une même boucle spatiale.) Rien que de très banal ici : l'électron du ballon terrestre ne fait que subir une fluctuation quantique, dont la cause est non locale.

Remarquons aussi que le ballon terrestre, comme les pincées de sol lunaire correspondant à un dédoublement de ses particules relatives, existent localement à l'état formé. Le ballon est l'informité non locale des pincées, et réciproquement. Toute informité est relative, elle dépend d'un référentiel local, du « point de vue » de son environnement. Un objet quelconque possède ainsi une forme « complète » qui est la superposition de ses 2# - 1 informités. Ce qui correspond à la superposition de chacun des « points de vue » de 2# - 1 environnements différents.

Apparaissent aussi « spontanément » dans le vide quantique des myriades et des myriades de paires de particules subatomiques « virtuelles », aux charges de signes contraires et plus ou moins fugaces. Sous l'action d'un événement local ou non local, ces particules passent d'informes à formées dans le vide quantique, avant de redevenir informes.

Il n'y a pas de limite à la dispersion d'éléments constitutifs. L'ensemble des informités universelles constitue fondamentalement une sorte de gaz fluctuant de particules relatives.

 

Les vagues de particules relatives

Les ondulations du vent sur un champ de blé franchissent de grandes distances, alors que les plantes restent enracinés. De la même façon, un même ensemble de particules relatives au faible degré de liberté forme brièvement les parties successives de mouvements dont l'échelle le dépasse plus ou moins. Le corps en mouvement, ou plutôt l'un de ses dédoublements, existe pour un même ensemble de particules relatives à l'état informe avant son passage ; il existe à l'état formé pendant son passage, puis il retourne à l'état informe après son passage. Ce n'est pas tant le corps lui-même qui se déplace, que son état formé. Un tel déplacement constitue une vague de particules relatives.

Se retrouve ici la « récurrence très rapide de forme similaire se changeant d'une façon simple et régulière » de David Bohm, voir la citation située en haut de la présente page. Par exemple un même ensemble de particules relatives peut constituer successivement des fragments de locomotive, puis des fragments de chacun des wagons. Lorsque le train est passé, cet ensemble de particules relatives reconstitue de l'air.

Il en va ainsi de tout ce qui existe à une échelle supérieure à celle des particules relatives. Tout mouvement est une succession d'informités qui se font et se défont. Bien sûr, plus l'échelle considérée est grande, plus en comparaison les « saccades » sont petites. Il arrive un moment où le caractère discontinu du mouvement, de l'énergie devient négligeable : émerge alors le monde macroscopique.

À toutes les échelles, des myriades de vagues de particules relatives portent les mouvements les plus divers. Une même vague peut ainsi porter tout ou partie du mouvement de multiples particules subatomiques à la fois. Un peu comme une membrane de haut-parleur peut être porteuse du son simultané de multiples instruments de musique.