LA LOCALITÉ

Dans quelle mesure ce qui se passe dans un lieu et à un temps quelconques peut-il être localisé, dans un univers où tout se dédouble ?

 

« Quand plusieurs particules sont traitées dans l'interprétation causale, outre le potentiel classique conventionnel qui agit entre elles, il y a un potentiel quantique qui dépend maintenant de toutes les particules. Fait très important, ce potentiel ne décroît pas à mesure qu'augmente la distance entre les particules, si bien que même entre les particules les plus éloignées il peut exister un lien très fort. Cet aspect, où des phénomènes très distants peuvent avoir une forte influence, est ce qu'on entend par "interaction non locale", et se démarque considérablement de la mécanique classique. »
(David Bohm, F. David Peat, La conscience et l'univers, Le Rocher, 1990)

 

 

Les événements locaux se dédoublent non localement,
ce qui explique certains phénomènes naturels fondamentaux

 

Existences plus ou moins lointaines

La suite de points est une suite d'existences successives. Or « un objet » est différent de « l'existence d'un objet » et ces deux choses ne peuvent pas se transformer l'une en l'autre. Par exemple « la lettre L » est différent de « l'existence de la lettre L » : « la lettre L » ne peut pas se transformer en « l'existence de la lettre L » et réciproquement. L'existence de la lettre L ne peut rien faire pour le mot « cacahuète ». Par contre la lettre L peut faire quelque chose : lalaluèle. Les points et leurs existences ne sont pas interchangeables, ils ne peuvent pas permuter entre eux. La suite est ordonnée. Chaque point se distingue des autres points par sa place, qui correspond à son âge dans la suite.

Ainsi qu'est-ce qu'une chose plus ou moins proche d'une autre, dans l'espace ou dans le temps ? Pour l'une des deux choses considérées, l'autre chose existe plus ou moins avant les autres.

Par exemple la Lune existe avant les étoiles, elle est plus proche de la Terre que les étoiles. Demain existe d'abord, après demain existe ensuite : demain est plus proche qu'après demain.

Constituées de points ordonnés, les # boucles spatiales sont elles aussi ordonnées les unes par rapport aux autres. Chacune d'elles se distingue des autres par l'âge de ses points constitutifs, par sa place dans la suite. Deux boucles spatiales quelconques sont ainsi plus ou moins proches l'une de l'autre.

Ce qui signifie que la propagation du mouvement est elle aussi ordonnée. Lorsqu'une paire de particules relatives transmet du mouvement à d'autres paires, c'est en priorité aux paires les plus proches, puis aux moins proches. Cette propagation bien anodine a de grandes implications dans le relatif : lorsque nous tapons sur un clou avec un marteau, nous n'écrasons pas tout l'univers. L'universalité reste compatible avec la localité.

 

Vibrations de cordes de guitares

À quantités de mouvement et à sections égales, la fréquence d'une corde courte est supérieure à celle d'une corde longue. Il en va de même des liens spatiaux. À quantités de mouvement et à durées égales, les liens relativement courts oscillent un plus grand nombre de fois que les liens relativement longs. Les effets du mouvement sur les liens courts et sur les liens longs sont ainsi les mêmes à une seule différence près : ils sont plus rapides sur les liens courts.

Le résultat, c'est que les effets du mouvement sont plus rapides localement qu'à distance. Lorsque je tape dans un ballon, les distances les plus courtes se situent entre mon pied et le ballon. Je communique donc en priorité du mouvement au ballon, puis à l'air sous la forme d'ondes sonores, etc. L'univers entier résonnera de proche en proche de ce coup de pied. Mais cet écho se diluera de plus en plus tardivement dans un mouvement général de plus en plus vaste. Et pourtant chacune des particules relatives de mon pied, comme chacune de celles du ballon, est reliée aux 2# - 1 autres particules relatives de l'univers.

 

Combinaisons de localité et de non-localité

  • D'une part chaque boucle spatiale interagit en priorité avec les boucles spatiales les plus proches d'elle dans l'ordre de création des points de la suite.
  • D'autre part chaque boucle interagit indirectement plus ou moins avec les autres boucles.

Le mouvement résulte ainsi de deux sortes d'interactions : les interactions « locales » et « non locales ».

  • Les interactions sont locales lorsqu'elles s'exercent entre des boucles directement en contact dans l'ordre ou dans l'ordre inverse de création des points de la suite.
  • Elles sont non locales lorsqu'elles s'exercent entre des boucles séparées par d'autres boucles.

Chaque mouvement est à chaque instant une combinaison particulière de localité et de non-localité.

Les liens spatiaux les plus proches dans l'ordre de création des points échangent en priorité du mouvement, des interactions entre eux. Mais cette localité n'interdit pas les échanges entre liens distants, quelle que soit la distance qui les sépare. Alors quel est l'environnement local de telles structures spatiales « éclatées » ? Il s'agit de la superposition d'un nombre d'autant plus important d'environnements distants que la structure possède un grand nombre de liens distants. Cette superposition crée des priorités nouvelles dans la propagation du mouvement : les différents environnements interfèrent plus ou moins entre eux.

Or nous avons vu précédemment qu'un lien spatial relie dans le relatif chacune des 2# particules relatives de l'univers à chaque autre particule relative. Tout mouvement d'une particule relative possède ainsi une composante universelle. Toute variation de longueur d'un lien spatial se répercute en priorité sur les liens les plus proches, mais aussi, à des degrés divers, sur tous les autres liens de l'univers.

Chacune des # boucles spatiales de la dimension absolue se dédouble en effet 2# - 1 fois dans le relatif. Un événement quelconque se dédouble donc 2# - 1 fois. L'univers le « voit » conjointement sous 2# - 1 angles différents. Nous verrons plus loin que ces angles différents sont en fait des « informités » relatives.

En définitive, tout événement local est conjointement local et non local, il se dédouble partout. Toute variation de la distance qui sépare une paire quelconque de particules relatives peut ainsi interagir avec tout ou partie de 2# - 1 environnements locaux superposés.

Le principe de moindre action, qui minimise l'énergie et le temps d'une trajectoire, apparaît sous un jour nouveau. Les particules relatives constitutives de tout objet subissent les contraintes de leur environnement local, plus celles de 2# - 2 environnements non locaux. De ces contraintes cumulées résulte le mouvement le plus proche possible du blocage total, de zéro. Le mouvement ne peut cependant pas disparaître complètement, puisqu'il se crée un point de plus à chaque instant de plus : il ne peut que se minimiser.

 

La (non) séparabilité et l'intrication

  • Des corrélations sont « séparables » lorsqu'elles s'exercent entre des liens spatiaux qui sont chacun le dédoublement d'une boucle spatiale différente. Dans ce cas ces liens peuvent être porteurs de mouvements différents.
  • Tandis que des corrélations sont « non séparables » lorsqu'elles s'exercent entre des liens spatiaux qui sont chacun le dédoublement d'une même boucle spatiale. Dans ce cas ces liens sont porteurs des mêmes mouvements.

Les particules qui ont en commun des liens spatiaux dédoublant une même boucle spatiale synchronisent instantanément leurs mouvements quelle que soit la distance qui les sépare. Mais tout mouvement est relatif, les mouvements synchrones n'apparaissent pas nécessairement comme tous identiques. Ils se dispersent dans des environnements plus ou moins différents. Par exemple l'un se produit dans un objet relativement en mouvement et l'autre dans un objet relativement immobile. De plus les particules relatives sont très petites et en très grand nombre : leurs mouvements sont très embrouillés. C'est pourquoi le fait qu'existent # ensembles synchrones de 2# - 1 liens spatiaux chacun ne se perçoit pas de façon évidente dans la vie de tous les jours.

Contrairement aux apparences, les corrélations non séparables ne se transmettent pas à une vitesse infinie, mais à une vitesse nulle. Aucune distance n'est en effet à franchir pour qu'une boucle spatiale dédoublée se corrèle... avec elle-même. La physique quantique parle de « l'intrication » de deux particules ayant interagi à un moment donné : ces particules constituent en totalité ou en partie un objet unique dans l'absolu, quelle que soit la distance qui les sépare dans le relatif. Des pseudos « corrélations instantanées » entre leurs états respectifs se créent ainsi. Elles résultent des dédoublements du mouvement des mêmes boucles spatiales.

 

Les photons mous

Ils donnent un exemple de non-localité.

Plus l'énergie (la fréquence) d'un photon est grande, plus sa longueur d'onde est petite. Donc plus la localisation de cette particule se cantonne dans un petit volume.

Et inversement : un photon mou possède une faible énergie et sa probabilité de présence s'étend dans un vaste volume. Un tel photon en effet se dédouble 2# - 1 fois. Moins il possède d'énergie dans l'un de ses environnements locaux, plus il est sensible à tout ce qui le relie à ses environnements non locaux. Plus les causes de ses mouvements locaux sont non locales. Ces composantes non locales de mouvement, relativement importantes, lui communiquent alors des fluctuations locales telles qu'il s'agite plus ou moins « mollement », passivement, dans un vaste volume.

 

L'effet tunnel

Une autre illustration de la non-localité nous est donnée par « l'effet tunnel ». L'énergie potentielle d'un quanton (terme générique pour désigner un objet microscopique aux propriétés résultant de la superposition de propriétés ondulatoires et corpusculaires) est fluctuante. En vertu du principe d'indétermination d'Heisenberg, sa quantité de mouvement varie selon un éventail de grandeurs possibles d'autant plus large que le laps de temps considéré est court. Le quanton ne s'agite au fond d'un puits de potentiel que temporairement. Il arrive un moment où ses fluctuations quantiques lui permettent de sortir du puits, de franchir la barrière de potentiel qui le retient prisonnier. Alors d'où proviennent ces fluctuations ? Chacun des liens spatiaux constitutifs du quanton échange aussi des mouvements avec 2# - 2 environnements non locaux. Des fluctuations plus ou moins chaotiques s'ensuivent, qui ballottent les particules relatives en un mouvement microscopique plus ou moins tumultueux.

L'effet tunnel explique par exemple que certaines désintégrations radioactives ne durent qu'une fraction de seconde, alors que la demi-vie du plutonium est de 24 000 ans. De faibles variations dans les niveaux d'énergie des puits de potentiel des noyaux atomiques ont en effet des conséquences considérables sur la durée de « l'emprisonnement » des fluctuations quantiques, sur la stabilité des atomes.

Par ailleurs, lorsqu'il y a fluctuation quantique dans un puits de potentiel, il y a du même coup dédoublement de cette fluctuation y compris à l'extérieur du puits. C'est ce qui explique qu'un signal peut sembler traverser une barrière à une vitesse de groupe huit fois supérieure à la vitesse de la lumière (1), sans pour autant violer la causalité relativiste. (La vitesse de groupe est celle d'un zéro ou d'un maximum de l'enveloppe de l'onde.) Dans ce cas le signal ne « traverse » pas la barrière. Il se dégrade d'un côté, et dans le même temps il se reconstitue de l'autre. Il peut alors « s'affranchir » de la vitesse de la lumière puisqu'il s'agit du même signal dédoublé. Le déplacement n'est qu'apparent.

(1) : Günter Nimtz, Superluminal Tunneling Devices, page 7, figure 6, arXiv 2001 (en anglais)