Le « mur de Planck » de la physique quantique - un horizon - nous révèle que pour une longueur inférieure à 1,62.10-35 mètres ou pour un temps inférieur à 5,4.10-44 seconde, le concept d'espace-temps ne peut plus être traité par des lois physiques connues. Il nous faut donc trouver une « prégéométrie », pour reprendre un terme du physicien John Wheeler. C'est-à-dire un système assez profond pour prendre le relais de la physique.
Tentons donc de décrire les structures les plus élémentaires de l'univers.
Nous avons déjà parcouru un certain chemin dans cette direction, puisque nous venons d'atteindre le néant. Difficile de trouver plus élémentaire. Il nous faut donc reconstituer à partir du néant les boucles spatiales, les particules relatives... bref, tout l'univers.
Le néant ne peut dialectiquement donner que ses existences successives. C'est-à-dire sa négation spatiotemporelle.
Alors quel est l'espace qui n'est pas rien mais l'est quand même, conservant ainsi la neutralité spatiale du néant ? C'est le point. Il ne possède ni volume, ni surface : un bon candidat à la structuration du néant.
Nous avons donc une unité élémentaire d'espace : le point. Mais qu'en est-il de l'unité élémentaire de temps ?
Le commencement et la fin de tout instant présent sont tous les deux présents, ils sont confondus. Tout instant présent possède donc une durée nulle et l'éternité n'est constituée que d'une succession d'instants présents d'une durée nulle.
Points et instants sont les unités élémentaires d'espace et de temps issues du néant. Le point est à l'espace ce que l'instant est au temps.
Le néant existe et cette existence possède elle même une existence, qui elle-même possède une existence, qui elle-même... Il y a là une suite sans fin. Cette suite, rappelons-le, est la négation du néant, c'est-à-dire qu'elle possède une étendue et une durée. De nouvelles existences des existences du néant se créent donc en permanence. Ces existences successives possèdent une unité spatiotemporelle élémentaire : il se crée un point de plus à chaque instant de plus. La suite de points s'allonge, c'est-à-dire que dans l'absolu la longueur de l'univers augmente. Et conjointement la suite d'instants s'allonge, c'est-à-dire que l'âge de l'univers augmente. Dans le relatif, le volume général de l'univers augmente avec le temps. Ce que nous pouvons observer avec la récession des galaxies, due à une dilatation générale de l'espace cosmique.
L'espace est une succession de points, comme le temps est une succession d'instants. Remarquons que dans l'absolu l'espace est unidimensionnel comme l'est le temps. Une symétrie existe ainsi entre l'espace et le temps, plus grande que le laisse supposer l'espace-temps, tel qu'il nous apparaît dans le relatif.
Dans l'absolu il n'y a que des variations de suites unidimensionnelles de points et d'instants. Mais chaque point ne dispose d'aucun repère spatial extérieur à son espace unidimensionnel, qui lui permette de décider si les autres points sont par rapport à lui à droite et à gauche, ou en haut et en bas, ou devant et derrière, ou dans telle ou telle direction hyperdimensionnelle... Autant d'états géométriques indéterminés qui se superposent. Ils créent un espace relatif multidimensionnel, qui est plus un ensemble de potentialités qu'une réalité. En fait un ordre existe quand même : les points se suivent dans leur ordre de création. Chaque point se distingue des autres par son âge, par sa position dans la suite.
Par ailleurs les points ne peuvent pas se néantiser, ils ne peuvent pas disparaître en dehors de l'espace, c'est-à-dire « nulle part », comme les instants ne peuvent pas disparaître en dehors du temps, c'est-à-dire « jamais ». Espace et temps se conservent parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement.
Considérons maintenant le premier point, au premier instant. Il n'est pas situé dans un quelconque espace, étant donné qu'il est lui-même l'espace. Il serait situé dans l'espace s'il était dans le vide cosmique par exemple. Mais il est « dans » le néant. Il n'y a ni espace, ni forme, ni existence extérieurs à lui-même. Sans espace extérieur, pas d'extérieur. Il ne possède donc pas de surface, de limite extérieurs. En tant que point, il ne possède pas de volume. Il ne possède donc pas non plus de limite, de surface intérieures. Il est bel et bien le produit du néant.
Que se passe-t-il au deuxième instant ? Se crée un deuxième point, négation du néant, réalité matérielle de l'existence du premier point. L'univers change considérablement, puisque maintenant chacun des deux points possède un « au delà de lui même », un extérieur qui est l'autre point. De plus ils possèdent une orientation temporelle, puisque le deuxième point existe après le premier.
Chacun des deux points ne peut pas fusionner avec l'autre point, puisqu'il ne possède pas de volume. Puisqu'ils restent différenciés, c'est qu'une limite les sépare. Or il se crée un nouveau point à chaque nouvel instant. Il se crée donc à chaque instant une nouvelle limite entre le dernier point créé et l'ensemble des autres points.
De la même façon les instants ne peuvent pas fusionner entre eux puisqu'ils ne possèdent pas de durée propre. Il se crée donc à chaque instant une nouvelle limite entre le dernier instant créé et l'ensemble des autres instants.
Ces éléments différentiés s'accumulent. Certains ensembles peuvent compter un plus ou moins grand nombre d'éléments que d'autres ensembles. Tout ensemble de points ou d'instants peut ainsi être plus ou moins grand et plus ou moins petit que d'autres. Apparaissent du même coup les plus ou moins grandes longueurs dans l'espace (de plus ou moins grands ensembles de points consécutifs ou non) et les plus ou moins grandes longueurs dans le temps (de plus ou moins grands ensembles d'instants consécutifs ou non). Les quantités d'espaces et de temps se relativisent.
Seule une suite de points et d'instants possède une longueur et une durée intrinsèques, quantifiables. Un point ou un instant isolés ne sont ni de l'espace, ni du temps.
Remarquons au passage que les boucles spatiales possèdent deux extrémités : leur longueur minimale est nécessairement de deux points au moins.
Pourvu qu'un espace compte au moins deux points, ou qu'une durée compte au moins deux instants, des variations de un point ou de un instant peuvent ensuite exister. Toute variation n'est toutefois pas obligatoirement au moins de deux points ou de deux instants. Un seul point et / ou un seul instant suffit à condition que l'espace qui varie compte au moins deux points et / ou que le temps qui varie compte au moins deux instants.
Extrapolons ces considérations à la mécanique quantique. Reconnaissons dans le minimum de deux points la « longueur de Planck », et dans le minimum de deux instants le « temps de Planck ».
La création d'un point de plus à chaque instant de plus crée du même coup des repères spatiotemporels (des référentiels) qui permettent de définir plus précisément le mouvement unidimensionnel des boucles spatiales.
Tout segment de la dimension absolue (donc de toute boucle spatiale) est délimité par le mouvement local dont il est porteur.
Une boucle spatiale dont le mouvement reste centré sur un même point s'éloigne à chaque instant (relativement) de l'extrémité la plus récente de la dimension absolue. (Puisqu'il se crée un point de plus à chaque instant de plus.) Ce qui signifie qu'elle fait tourner ses deux particules relatives « sans cause apparente » par rapport à l'ensemble des autres particules relatives. Il existe ainsi une rotation universelle de fond qui favorise les rotations dans une direction qui va des points plus récents aux points plus anciens, au détriment des rotations inverses.
Dans le même ordre d'idées, la suite de points vue depuis un seul point n'apparaît pas comme tout à fait la même vue en direction des points plus anciens, ou en direction des points plus récents. En direction du passé en effet le nombre de points est fixe, alors qu'en direction de l'avenir la suite de points s'allonge : elle gagne un point de plus à chaque instant de plus. La nature distingue ainsi la gauche de la droite. Ou, plus précisément, elle distingue l'aspect inerte de l'univers, de son aspect évolutif.
Hypothèse : les particules matérielles les plus légères, les neutrinos, subissent cette dérive et leur hélicité (leur rotation intrinsèque sur eux-mêmes) ne tourne qu'à gauche. (L'hélicité des antineutrinos ne tourne qu'à droite.) De la même façon, les molécules organiques, qui se répliquent sur de longues périodes et peuvent accumuler (amplifier) au fil du temps même d'infimes variations, distinguent les rotations gauches et droites. Par exemple les chromosomes humains renferment une double vrille d'ADN dont l'hélicité tourne toujours à droite.
Avant que le temps existe (en dehors du temps), c'est « jamais ». La période située « avant » le premier instant n'a donc jamais existé. Ce qui revient à dire que le premier instant n'apparaît jamais. Dans ce cas le néant existe, ce qui revient à dire (voir plus haut) que le premier instant apparaît. Catastrophe ! Le premier instant n'apparaît jamais et il apparaît toujours. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le néant et l'univers coexistent. Ce n'est pas le néant ou l'univers, c'est le néant et l'univers. Nous sommes autant « dans » le néant que dans l'univers. Ce qu'il y avait « avant » le premier instant accompagne l'écoulement du temps. Ce qu'il y a « avant » le premier instant et ce qu'il y a après, c'est dialectiquement la même chose.
L'ensemble de ce qui se passe à un instant quelconque compte plus d'instants (et de points) constitutifs que ce qui s'est passé à un instant antérieur. Il compte aussi moins d'instants (et de points) constitutifs que ce qui se passera à un instant postérieur. Chaque battement d'une horloge n'est ainsi pas tout à fait le même que les battements précédents et suivants. Une asymétrie entre le passé et le futur existe donc. C'est pourquoi le temps distingue le passé du futur, il s'écoule du passé vers le futur.
La création d'un point de plus à chaque instant de plus impose que tout aille du passé vers l'avenir. Rien ne va dans la direction inverse, parce qu'il n'y a pas de destruction de points et d'instants. Le voyage dans le passé n'est donc pas seulement extrêmement improbable, il est totalement impossible. Comme est totalement impossible le voyage dans l'avenir, lorsqu'il met en action des points et des instants qui n'existent pas encore. On s'en serait douté. Les voyages dans le temps violent la causalité (cas du voyageur temporel qui tue son grand-père au berceau par exemple) - et les incohérences résultantes n'ont pas leur place dans un univers intrinsèquement cohérent.
Précisons aussi que nous nous promenons tous toujours dans l'espace-temps, jamais dans l'espace seul ou dans le temps seul. Nous ne pouvons pas nous affranchir de la création d'un point de plus à chaque instant de plus, c'est-à-dire de l'espace-temps. Tout ce que nous pouvons faire, c'est parcourir un plus ou moins grand nombre de points pendant un plus ou moins grand nombre d'instants. Lorsque nous nous promenons dans l'espace, nous évoluons du même coup dans le seul temps existant, le présent. Les points sont donc comme les instants : ils sont toujours présents, ils n'existent que présentement. Le passé n'existe plus, le futur n'existe pas encore.
Ce qui ne signifie pas que le présent s'écoule à la même vitesse pour tout le monde. Tout va bien à bord d'un vaisseau spatial qui s'approche de la vitesse de un point par instant. Sauf que son accélération plafonne de plus en plus. Il ne peut en effet pas dépasser cette vitesse limite de un point par instant, parce qu'il ne peut pas varier plus vite que l'univers. Tous les processus de vieillissement du vaisseau, assimilables à des accélérations microscopiques, ralentissent. Vues depuis la Terre, par exemple, les horloges embarquées ralentissent. Et réciproquement, vues depuis le vaisseau, les horloges terrestres accélèrent.
Cette vitesse limite de un point par instant sera supposée dans une prochaine section être égale à celle de la lumière dans le vide. Notons que la constante de Planck et la vitesse constante de la lumière sont deux expressions d'une même réalité.
L'inexistant pur est inaccessible parce qu'il n'y a pas que du néant « dans » le néant. Il y a l'existence de l'existence du néant, c'est-à-dire l'existence d'autre chose que celle du néant.
Quant à l'existant pur, il est lui aussi inaccessible. S'il existait en effet, il y aurait quelque chose dans l'existant pur qui ne serait pas de l'existant pur.
L'inexistant pur et l'existant pur n'existent donc pas. Seule existe une infinité d'états intermédiaires entre ces deux extrêmes inaccessibles parce « purs » et sans existence. La progression permanente de l'univers vers plus d'existence se traduit par la création d'un point de plus à chaque instant de plus.
C'est
fou tout ce que de simples points structurés entre eux peuvent faire !Nous sommes habitués à ce que les choses existent ou n'existent pas, de façon binaire. À ce qu'il y ait une rupture entre l'existant et l'inexistant. Il en va différemment aux plus petites échelles, où il y a continuité entre l'existant et l'inexistant. Tant qu'une observation ne « fixe » pas leurs caractéristiques, un peu comme une photo « fixe » les paramètres d'une foule en mouvement, les particules ne possèdent pas une existence déterminée. D'après la mécanique quantique, elles n'ont qu'une probabilité de présence. Cette probabilité possède une forme : celle d'une onde de probabilité. Partout existent ainsi des ondes de probabilité qui interfèrent plus ou moins entre elles, avec des pics de probabilité et des creux. Dans l'absolu tout peut être partout, mais globalement la matière est plutôt là où il est le plus probable qu'elle soit, elle nous apparaît ainsi comme globalement structurée.
Par exemple, plus un électron possède une grande énergie, plus il est probable de le trouver sur les couches électroniques supérieures, autour du noyau d'un atome. Mais il n'existe pas de façon déterminée, comme une boule de billard, sur telle ou telle couche. Il possède une probabilité de présence non nulle sur toutes les couches. Lorsque son énergie change de telle sorte qu'il change de couche, il ne se déplace pas d'une couche à une autre. Sa probabilité de présence change d'état. Le plus grand pic passe d'une couche à une autre. Comme la présence de cet électron n'est pas totalement localisée, elle est étalée de façon probabiliste, la particule est en quelque sorte « préexistante » partout, ce qui lui permet d'apparaître et de disparaître partout, sans se déplacer, par « sauts quantiques » qui n'ont rien à voir avec des sauts.
Le néant (l'inexistant) réussit ainsi à créer du semi existant à l'échelle des particules et ce semi existant réussit à créer de l'existant aux grandes échelles.
Entre le premier point créé et le dernier, à un instant quelconque, il y a d'une part tous les points intermédiaires, et d'autre part... rien. La suite de points constituant la dimension absolue se « situe » en effet « dans » le néant, c'est-à-dire pas dans un espace, et encore moins dans le cosmos. Les deux points extrêmes sont donc conjointement distants et en contact (quand il n'y a pas d'espace entre deux objets, ces objets sont en contact). Comme sont conjointement distantes et en contact les extrémités d'un bout de ficelle formant une boucle fermée. Qu'une boucle spatiale (un segment) quelconque « regarde » dans la direction des points les plus anciens vers les plus récents ou des plus récents vers les plus anciens, elle « voit » toujours # - 1 boucles : seul change l'ordre dans lequel elle « voit » les autres boucles.